Avant toute chose, sachez que je me fais violence pour ne pas m’excuser pour ce qui va suivre : je suis féministe et ce blog est un blog féministe. Point. Ne s’en suivront pas des « mais je ne mords pas » et autres « mais je m’épile ». Car tout cela n’a absolument rien à voir avec le féminisme et, au risque de me répéter: ce blog est féministe.

Je me retiens également, car c’est l’objet du blog, de vous dire ce que j’entends par « féministe ». Vous avez sûrement votre propre idée et je vous saurai gré de la garder pour vous un instant, voire un moment, au moins le temps d’avoir lu cet article. Voilà, je ne vais pas m’excuser mais je vais vous demander une faveur: lire ceci jusqu’au bout car si vous êtes arrivé au deuxième paragraphe c’est qu’on peut sûrement s’entendre vous et moi.

Je suis célibataire. HA! Vous voyez, vous avez bien fait d’attendre le troisième paragraphe! Oui je suis célibataire et il m’arrive de rencontrer des hommes à qui j’aimerais plaire. Je parie que vous êtes intrigué à présent. S’agit-il d’un concept de dating pour machos qui fantasment sur les féministes?

Maintenant que votre curiosité est piquée, je poursuis. Il m’arrive de rencontrer des hommes à qui j’aimerais plaire et à qui je n’ose pas dire que je suis féministe. Pourtant ça fait partie de moi. Ne pas dire que je suis féministe c’est supprimer tout un pan de ma personne, c’est nier que le féminisme m’anime, comme d’autres sujets que j’ai à coeur. C’est prendre le féminisme pour une tare. Vous savez, le genre de tare que vous voudriez garder pour vous le temps que votre nouvel amant soit assez charmé pour passer outre (je suis sûre que vous voyez de quoi je parle).

J’ai peur que dire que je suis féministe altère l’image qu’on aura de moi. En fait j’en suis pratiquement convaincue. Quand je dis « je suis féministe », quelque chose se passe dans la tête de mon interlocuteur, quelque chose qui n’a rien à voir avec la réaction à une information classique de type « je joue au volley le dimanche ». Faire ce constat m’engage. Dans bien des cas on attendra de moi que je développe, voire que j’argumente et dans le pire des cas, que je me défende.

Est-ce normal d’avoir peur de prononcer le mot féminisme? D’avoir peur de faire peur? Est-ce normal que le féminisme fasse peur? Est-ce que la lutte contre le racisme fait peur? Est-ce que le combat pour la paix dans le monde fait peur? Comment en est-on arrivé là? Là, à devoir s’excuser, prendre des pincettes, préciser, argumenter?

Quand j’ai pensé à la rédaction de cet article, de ce premier article de blog féministe, mon réflexe a été de me dire « il faut que ce soit drôle et léger, pour ne pas faire peur aux lecteurs ». Soyons clairs, par lecteurs j’entends aussi lectrices. Car, et cela m’a toujours surprise et même fascinée, femme ne rime pas toujours avec féministe.

Si vous êtes une femme féministe, vous connaissez peut-être ces femmes qui, je ne les blâme pas, se désolidarisent complètement de vous quand vous évoquez vos convictions. Lorsque, lors d’une soirée, vous discutez avec un groupe mixte de personnes et que la conversation glisse vers le féminisme. Vous avouez, vous l’êtes – vous cherchez alors le regard des autres femmes, mais elles se mettent à rire, elles ne vous soutiennent pas. Elles ont peur. De ne pas plaire, de se justifier, de s’engager, d’être à court d’arguments, de jouer dans la même cour que vous, d’être prises pour ce qu’elles ne sont pas. Pire, elles prennent le féminisme pour ce qu’il n’est pas.

Ce blog est pour elles, pour celles et ceux qui leur ont mis ça dans le crâne. Pour ceux qui se demandent « mais au fond, c’est quoi le féminisme? ». Ce blog est pour ta soeur qui s’est mise au basket, pour ton frère qui est sur tinder, pour ta voisine qui achète Glamour. Pour celles qui ont toujours été contre le féminisme, « par principe », mais qui ajoutent « enfin, pour le salaire je trouve ça utile ». Ce blog est pour mes amies convaincues, leurs amis agacés, leurs collègues amusés. Pour ton cousin qui n’a jamais entendu ce mot, pour sa copine qui se demande si elle doit dire oui à tous ses caprices, pour toi qui vient d’avoir une image douteuse à la lecture du mot caprice. Ce blog est pour tout le monde, bah oui, parce qu’on est tous concernés, en fait.

C’est quoi le programme?
J’aimerais retrouver le sens du mot féminisme en cherchant une définition actuelle et contemporaine, mais qui n’oublie pas le passé, déconstruire les clichés polluants en évitant les pièges et les amalgames, sans pour autant nier leur existence, prendre le temps d’y réfléchir, de proposer des réfléxions sur des sujets du quotidien et laisser, sur ces sujets, la paroles aux femmes autant qu’aux hommes, car le féminisme n’est pas féminin.

Ce blog est né parce que je me suis rendu compte que le féminisme est devenu tout, mais aussi n’importe quoi. Parce qu’on lui attribue des combats qui ne sont pas les siens, et qu’on oublie des victoires qui sont les siennes. Ce blog voit le jour parce que je suis consciente de ce que je dois aux générations qui me précèdent et que je veux donner l’exemple à celles qui me suivent, avec le soutien de ma génération.

Ce blog a du pain sur la planche.

Un commentaire sur « Au commencement »

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