Le seul point commun entre le féminisme et le sexisme (à part leur dernière syllabe), c’est qu’on nous sert ces deux mots à toutes les sauces, dans tous les contextes, sous n’importe quel prétexte. (Ne me lancez pas sur le sujet du t-shirt Dior « We should all be feminists » à 550€.)

Je suis convaincue que le féminisme est pluriel. En fonction de l’endroit où l’on vit, du pays d’où l’on vient, du milieu social dans lequel on a été élevé, et des expériences qu’on a traversé, on a une définition tout à fait différente du féminisme et de ce qu’il doit idéalement représenter. En fonction de tous ces élements, la notion de féminisme contient plus ou moins de revendications et semble plus ou moins centrale. C’est une question de perspective.

Mais je pense aussi que certaines notions peuvent être définitivement classées comme « non-féministes ». Soit parce qu’elles sont sexistes, soit parce qu’elles défendent un tout autre sujet et ne relèvent pas du féminisme.

Le féminisme n’a pas de gourou chef qui déciderait de ce qui oui ou non a le droit d’être considéré comme digne de son combat. Du coup, je me suis dit que ça pourrait être sympa de procéder à l’élection de d’en parler ensemble et de créer une rubrique « sexisme ou bien? ». L’idée c’est de prendre des sujets de la vie courante, de récolter des avis mixtes et d’essayer d’y voir plus clair. Est-ce que telle attitude peut-être attribuée à du sexisme? Est-ce qu’y réagir de telle façon c’est être féministe?

C’est important de faire le tri. De ne pas attribuer n’importe quoi au combat féministe sans pour autant nier que certaines pratiques quotidiennes sont sexistes. Après tout c’est au quotidien qu’on détermine le rapport homme/femme. En changeant les mentalités sur des sujets « légers », on instaure un climat d’égalité qui permet de gagner des combats plus coriaces comme, entre autres, l’égalité salariale ou la parité.

« Sexisme ou bien ? » #1 : La galanterie

Pour qu’on soit raccord vous et moi, je suis allée chercher la définition du Larousse:

Galanterie: politesse empressée auprès des femmes

Ok, on parle bien d’un traitement réservé aux femmes. J’avais l’impression qu’il manquait un truc. J’ai cherché la définition du Littré:

Galanterie: Soins, empressements auprès des femmes qu’inspire le désir de leur plaire.

Ok, on parle d’un traitement réservé aux femmes, dans une démarche de séduction.

Première impression:
Pour moi, c’est évident, la galanterie est contraire au féminisme. La galanterie est basée sur l’idée que les deux sexes ne sont pas égaux entre eux et que l’un doit agir de telle façon vis à vis de l’autre. C’est à l’homme de faire ceci, pas à la femme. Si l’homme ne fait pas ceci, il agit mal. Mais est-ce qu’on peut qualifier la galanterie de sexiste?

Mise en situation:
Pour illustrer mes propos, je vous propose de parler de l’addition. C’est encore très répandu de considérer que c’est à l’homme de payer. Figurez-vous qu’il y a même des sondages à ce sujet. Je vous dévoile donc en exclusivité les chiffres de TNS Sofres pour Meetic : seulement 4% des européennes s’attendent à payer l’addition au premier rendez-vous et 62% des françaises sont séduites quand l’homme s’occupe de la note.

Judith (j’adore ce prénom) a un premier date avec Marc, le cousin du frère de sa belle-soeur (oui c’est aussi le cousin de la belle-soeur du coup). Marc paie l’addition pendant qu’elle est partie aux toilettes. Il est « galant », il agit par gentillesse, parce qu’on lui a dit que ça se faisait. Il veut faire plaisir à Judith et lui signifier qu’elle lui plait.

Question:
Est-ce que le geste de Marc est sexiste?

Pour répondre à ce terrible dilemme, j’ai appelé Julien à la rescousse. A l’inverse de Marc, Julien existe en vrai, c’est mon poto.

« Je pense qu’on peut s’inviter en tant que personne sans être sexiste ou féministe ou quoi que ce soit. En revanche, le mec qui veut systématiquement inviter au premier date ou à l’inverse la fille qui n’a jamais l’intention de payer, ne font pas avancer la cause féministe. Je pense que c’est donnant donnant et qu’un homme qui se laisse inviter est plus ouvert d’esprit. Si c’est unilatéral, même si c’est gentil, ça cache une part de sexisme, même inconsciente. »

La question sous-jacente c’est : est-ce que si on se dit féministe, pour un tas d’autres raisons, on se doit de refuser toute démarche de galanterie?

Ma position personnelle c’est : noooooooon. Par contre, c’est important de ne pas considérer que « c’est au mec de payer ». Etre féministe, dans ce cas de figure, c’est sûrement se dire que n’importe qui dans un date peut payer s’il en a envie, si ça lui fait plaisir. Et faire moitié-moitié c’est cool aussi. Surtout si le date était catastrophique.

Maintenant, est-ce que si Marc se laisse inviter par Judith, il peut considérer qu’il est féministe? Julien aide-nous.

« Si le PDG de ta boite te tient la porte mais te paie 20% de moins que tes collègues mecs, il a peut être une démarche galante mais certainement pas féministe. »

Conclusion: Marc, t’as intérêt à passer l’aspirateur de temps en temps. (humour de féministe)

Parce qu’à la lettre F, la parité, on aime bien, j’ai également demandé l’avis de Joséphine. Tout comme Julien, elle existe pour de vrai. C’est même ma coloc. Ce matin au ptit dej, Joséphine m’a donné un autre exemple auquel je n’avais pas pensé: céder sa place dans le métro. C’est vrai, ça m’arrive assez régulièrement encore aujourd’hui qu’un homme se lève pour me laisser sa place. Ca me surprend toujours et je ne pense pas avoir accepté une seule fois. Je ne suis pas enceinte, je suis jeune, je considère qu’il mérite autant sa place que moi. J’ai coincé Joséphine avant qu’elle parte travailler pour avoir son avis.

« C’est surtout un choix individuel de dire non. Si on me propose de m’asseoir, je peux décider de refuser. Si on me tient la porte ça n’a pas de sens de refuser mais je peux tenir la porte à la personne qui me suit, homme ou femme, par exemple. La démarche doit venir des femmes. Je vois aucun intérêt à dire aux hommes d’être moins galants. Par contre, on peut se dire en tant que femme que nous aussi on peut agir de façon galante. »

Pour Julien, ça va beaucoup trop loin si on commence à parler de sexisme et de féminisme à chaque fois qu’on tient une porte. Par exemple en voyant dans l’acte de tenir la porte, un acte voulu de supériorité de la part de l’homme. Et dans l’acte de se laisser tenir la porte, une soumission.

Soyons clairs, cette rubrique n’a pas pour but de « chipoter » sur tous les sujets de la vie courante. C’est trop souvent comme ça que la démarche féministe est interprétée. Il s’agit seulement de prendre du recul sur des pratiques que nous avons intégrées et classées dans le dossier « normal ». Parfois, ces pratiques n’ont pas de sens et surtout, elles ne correspondent absolument pas à la société dans laquelle nous vivons actuellement.

Peut-être que Julien résume mieux que moi :

« La galanterie, c’est un vieux truc qui date de quand les femmes avaient juste le droit de fermer leur gueule. »

Conclusion
C’est évident que la galanterie est un acte sympathique qui ne fait de mal à personne. C’est le fait qu’on la définisse comme réservée aux femmes qui pose problème. Je pense qu’on ne peut pas se dire féministe et à la fois se dire pro-galanterie. Ca n’aurait pas de sens. Par contre on peut accepter la galanterie quand elle se présente et rendre la galanterie en retour, pour équilibrer les rapports.

Ce que je souhaite faire avec cette rubrique, c’est utiliser le féminisme comme une nouvelle perspective. Prendre le temps d’examiner les rapports homme/femme, de les disséquer, de les charcuter même pour qu’ils ressortent tout neufs dans nos esprits. Vous penserez à moi la prochaine fois que vous verrez l’addition arriver? Tant que vous m’envoyez pas la facture…

Si vous avez envie d’aborder un sujet en particulier, si vous avez des idées de pratiques dont on pourrait discuter ici, n’hésitez pas à commenter cet article!

 

3 commentaires sur « Sexisme ou bien ? #1 »

  1. Souvent les gens confondent galanterie, savoir vivre et politesse.
    La galanterie est toujours sexiste vu qu’elle est toujours d’un homme vis à vis d’une femme et comme il est question de « séduction » les femmes sont toujours renvoyé au fait d’être baisables. D’ailleurs la galanterie des patrons pour les femmes de ménages qui travaillent pour eux est totalement inexistante.

    Le savoir vivre ce sont les règles de classes sociales et de culture. C’est savoir quelle fourchette prendre quant on va dîner chez les Rothschilds. Si tu sais pas quelle fourchette utilisé, tu te fait grillé dans le grand monde. Si tu connais ces règles tu passe bien dans tous les milieux. C’est des règles qui peuvent aussi être liés à des cultures, ne pas mangé avec la main gauche dans les pays musulmans par exemple, si tu connais pas la règle ca montre que tu es étrangère. Le savoir vivre c’est les règles d’appartenance sociales et culturelles. C’est des règles qui peuvent servir à la discrimination aussi, mais pas sur le sexe comme la galanterie, sur la classe sociale et la discrimination culturelle (xénophobie, islamophobie, antisémitisme…).

    La politesse c’est des règles d’empathie et de vie en collectif. Sourire, dire bonjour, merci, au revoir aux gens et pas seulement aux femmes qu’on trouve séduisante et avec qui on voudrais couché. C’est ouvrir la porte à une personne qui a les bras chargés que ca soit une femme ou un homme, jeune ou vieille, belle ou moche. Inviter ses amis à déjeuné sans attendre de gratifications sexuelles ou de vouloir faire étalage de sa richesse. C’est être attentives aux autres et à leurs besoins.

    Je pense qu’on a besoin de politesse, parfois de savoir vivre mais jamais de galanterie.
    Si un homme te dit qu’il ouvre la porte à tout le monde et pas seulement aux femmes alors ce qu’il fait n’est pas de la galanterie mais de la politesse. Si un homme te paye le repas sans te demander ton avis, en douce pendant que tu es au toilettes, c’est un fourbe calculateur sexiste, perso je le fuirait comme la peste. Il n’y a rien de bon à faire avec un homme qui ne demande pas son avis aux femmes pour une chose aussi simple qu’un déjeuné. Qu’est ce qu’il fera d’autre sans te demandé si il commence déjà comme ca ?

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    1. Je ne suis pas d’accord Meg, sur le dernier paragraphe de ton commentaire. Je pense que si un homme paie le déjeuner pendant que sa partenaire s’absente c’est sûrement parce qu’il pense bien faire et qu’on lui a appris que c’était bien de le faire. Je ne pense pas qu’on puisse dire de tout homme dans cette situation qu’il est fourbe et calculateur (peut-être que certains le sont), peut-être juste de la vieille école et son geste part d’un bon sentiment.

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      1. Oui on lui a appris c’est sure. C’est la culture patriarcale, ça s’apprend. C’est pareil pour tout le monde.

        Nous ne sommes pas au XIXeme. Je ne peu pas croire qu’un homme aujourd’hui n’ai jamais entendu que la galanterie posait des problèmes à certaines femmes, en l’occurrence les féministes. Le mec qui paye le repas en douce à une femme à un premier RDV en 2017 il sais très bien qu’il y a des femmes à qui ça va déplaire et il sait lesquelles. C’est son choix de suivre une tradition sexiste et de mettre mal à l’aise les féministes. En faisant ça il envoie le signale qu’il cherche une femme traditionaliste et pas une féministe. Moi je voie ça d’un mauvais œil.

        En tout cas merci pour ton blog, j’espère avoir le plaisir de te lire à nouveau. Bonne continuation à toi.

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