Sexisme ou bien #2 : les Ladies’ nights

Aujourd’hui, pour le deuxième épisode de « sexisme ou bien », je vous propose d’éteindre les lumières, de mettre Shakira à fond les ballons, et de parler « ladies’ night ».

Gardons les bonnes habitudes et partons d’une définition commune :
Ladies’ night = traduire « soirée des dames », événement organisé par un bar ou une boîte de nuit qui propose aux femmes une entrée réduite ou gratuite et/ou des consommations offertes.

Première impression
Pour moi, et il ne s’agit là que de mon opinion perso basée sur ma grande expérience des ladies’ night (ben oui j’ai fait un échange à l’étranger, c’est pas ma faute), il manque une partie de la définition pour que le concept soit clair : les ladies’ nights sont organisées dans le but d’attirer le maximum de femmes grâce à l’offre spéciale. Et donc d’attirer le maximum d’hommes… grâce aux femmes.
Bon bah voilà, dit comme ça c’est tout de suite sexiste. Allez, à la semaine prochaine!

Mise en situation
On va quand même se pencher un peu sur le sujet grâce à trois personnages fictifs. David, Mathieu et Sarah. (Ok j’avoue, c’est ma partie préférée de l’article de choisir les prénoms)

David est anglais, il tient un bar à Londres. Le mercredi soir il n’y a pas foule dans son bar alors il décide d’organiser des ladies’ nights. Il se dit que comme ça les filles choisiront plutôt son bar que celui d’à côté et que, voyant toutes les filles dans son bar, les mecs rappliqueront aussi.

Sarah a 25 ans ce mercredi, elle va sortir fêter ça le week-end prochain mais quand même, elle aimerait bien marquer le coup le jour J avec ses collègues. Elle ne connaît pas très bien Londres où elle vient d’emménager mais elle sait déjà que son compte en banque ne vas pas supporter deux nuits londoniennes la même semaine. Elle repère ce bar qui propose des ladies’ nights. Impeccable, ses collègues sont majoritairement des femmes, elles vont pouvoir profiter sans se ruiner.

Mathieu quant à lui est de passage à Londres pour un séminaire pour le boulot. Il est allé dîner au pub avec ses collègues, ils ont profité de l’ambiance, commandé des fish & chips, c’est cliché mais c’est bon. En sortant du pub après quelques pintes ils se promènent dans le quartier de leur hôtel, ils n’ont pas sommeil. L’attention de Mathieu est attirée par un petit bar où la soirée semble battre son plein. Etonnant pour un mercredi, le bar est rempli, il y a surtout des femmes en train de danser. Il n’est pas encore minuit, ils ont envie de profiter de leur séjour londonien, ils s’engoufrent dans le bar.

Question
Est-ce que l’idée de David, le choix de Sarah et la décision de Mathieu sont sexistes?

Mon pote Timothée a accepté de jouer le jeu et de répondre à mes questions. Il a commencé par une mise au point:

« Tous ces événements sont avant tout fait par des entreprises dont l’objectif est de gagner de l’argent. Avant même qu’il y ait une portée sociétale, derrière il y a surtout l’idée d’un profit à réaliser. Et si les boîtes font ça, je suppose que c’est parce que c’est assez rentable pour eux. Donc je pense pas que ce soit fait pour être sexiste ou bien féministe. »

Là, on est d’accord. Mais est-ce que le fait que ça marche et que ce soit rentable ne révèle pas la mécanique sexiste qui se cache derrière ces événements? Si ça fonctionne c’est parce que les filles y vont et qu’elles trouvent ça, sinon normal, du moins pas désagréable de se faire offrir la soirée. Et que les mecs eux, y vont parce qu’ils savent bien que les filles y seront. Comme Mathieu dans notre exemple, dont la décision de rentrer dans le bar est en grande partie motivée par la foule féminine déjà présente. Mathieu et ses collègues peuvent aller dans n’importe quel autre bar. Ils paieront le même prix, les filles en moins. Timothée t’en penses quoi?

« C’est un peu sexiste dans le sens où l’idée c’est clairement que les nanas boivent plus que de coutume parce que c’est gratuit et comme ça attire un certain public de mecs venus pour choper, c’est un peu « le lâcher de fauves ». Mais d’un autre côté, on n’oblige pas les filles à boire. Donc en tant que nana, tu peux y aller, ne pas payer ton entrée, boire gratuitement mais raisonnablement et ne pas te faire avoir par ce concept marketing. »

Certes. C’est un choix et personne n’oblige les femmes à participer au concept, elles décident librement d’accepter les termes du contrat. Sarah, dans notre exemple, choisit avant tout ce bar pour s’amuser sans dépenser trop d’argent. Je suppose que Sarah se doute toutefois que ce genre de soirées attire également une clientèle masculine pour d’autres raisons. Dans ce cas, soit Sarah s’en contre fiche et a seulement prévu de profiter de la soirée avec ses collègues. Soit Sarah a, au contraire, prévu de finir la soirée dans les bras d’un charmant londonien. Dans les deux cas, elle est libre.

Là où ça pose problème, c’est que quelque soit le cas de figure, Sarah sert d’appât, qu’elle le veuille ou non. Qu’elle soit venue pour profiter de la soirée entre amies ou pour rencontrer des hommes, ça ne changera rien au concept. Les hommes viendront quand même dans ce bar là parce qu’ils sont sûrs d’y trouver des femmes – sinon pourquoi choisir ce bar?

C’est justement le côté « appât » qui dérange mon amie Anaïs.

« Les ladies nights c’est commercialiser la femme, c’est dire à l’homme qui vient dans ton bar : « okay, ce soir tu paies ton verre plein pot, mais en plus je te sers des femmes bien arrosées ». Ca donne une valeur marchande à la femme et la range dans la catégorie «produits de consommation». »

Anaïs je l’ai rencontrée à Hong Kong. On était en échange universitaire toutes les deux donc autant vous dire que des ladies’ nights, on en a fait un paquet. En tant qu’étudiant étranger à Hong Kong tu as deux alternatives de quartiers pour sortir: Wan Chai ou Lan Kwai Fong (LKF). Chaque mercredi, c’est ladies’ night dans tous les bars de Wan Chai. Chaque jeudi, c’est ladies’ night dans (presque) tous les bars de LKF.

« Je pense que dans les bars que nous fréquentions, les responsables n’avaient pas vraiment le choix de faire des ladies’ night : si vous aviez un bar à LKF et que vous ne faisiez pas de ladies’ night le jeudi, vous pouviez être sûrs de n’avoir personne ce soir là. »

Si on regarde les choses d’un point de vue masculin, ça doit être rageant d’être un mec les mercredis et jeudis soirs à Hong Kong. Je me souviens bien de nos potes qui râlaient et en avaient marre de payer 150$ l’entrée (environ 15€) alors que c’était gratuit pour nous. Je me souviens aussi de certaines filles qui leur répondaient « oh bah pour une fois qu’on a un avantage, on en profite! ». Ah mais oui mais non. Si tu « profites » de cet avantage, tu acceptes par la même occasion de t’asseoir sur tous les autres, tu décides de faire preuve de sexisme envers les hommes et donc de dire « amen » à toute démarche sexiste. Je dis non!
Bon à l’époque je disais pas trop non, je venais d’avoir 20 ans, je disais même plutôt oui aux shots et aux cocktails gratuits, je « profitais » pas mal.

Conclusion
Anaïs m’a rappelé un détail que j’avais oublié:

« Il y avait aussi une forme de complicité avec nos potes mecs : on leur prenait des verres gratuits au bar discrètement. »

C’est vrai, on était chouettes. C’est d’ailleurs en allant dans ce sens (bon, en voyant un peu plus loin que son verre quand même) qu’on fait progresser les choses. Comme pour la galanterie, c’est en jouant des codes, plutôt qu’en les supprimant/boycottant radicalement, qu’on peut faire preuve de féminisme au quotidien, sans que ça représente un sacrifice social trop important (parfois difficile à assumer) et sans que ça provoque les foudres des hommes qui nous entourent (parfois difficiles à encaisser).

D’ailleurs, quand j’ai parlé à Anaïs d’un concept de « men night », dont Timothée m’avait soufflé l’idée, elle était sceptique quant au succès commercial. Je la comprends. Vas-t-en dire aux femmes que c’est à elles de payer leur entrée et que ce sera gratuit pour les hommes. Il y a fort à parier que certaines d’entre elles crieront au sexisme. Comme pour la galanterie, les ladies’ night sont des coutumes en faveur des femmes (en tous cas en apparence) et posent donc un dilemme supplémentaire. On touche dans les deux cas au piège du féminisme : il faut accepter que la logique aille dans les deux sens, sinon ça ne tient pas la route.

 

Un commentaire sur « Sexisme ou bien #2 »

  1. Ok, mais poussons encore un peu plus loin l’idée des ladies night avec un concept qui est peut être pas répandu, mais toutefois quand même présent et qui avait fait beaucoup parlé de lui il y a quelques mois (alors que présent depuis longtemps). On peut reprendre exactement la même démonstration que celle qui a été faite :

    – David est anglais et dirige un bar à Hong Kong, mais après avoir organisé des ladies night pendant longtemps ses concurrents ont également adopté ce système pour attirer la clientèle. L’entrée est donc gratuite dans tous les bars de la rue, les boissons payantes pour tout le monde pour endiguer les soucis dû aux femmes donnant leurs verres à leurs amis. De façon à se démarquer encore de ses concurrents il propose une nouvelle solution : « tits for shots »… Le système consiste pour les femmes à montrer leurs poitrines pour avoir un shooter gratuit. David est homosexuel et ne peut donc pas être taxé de pervers qui veut juste se rincer l’œil, sa démarche est purement commerciale, le but est que son entreprise gagne de l’argent, et si possible plus que les concurrents.

    Encore une fois, la décision de base est commerciale, mais elle se base sur une idée sexiste : la femme est un produit qui permet d’attirer l’homme. Finalement qu’elle attire l’homme par sa simple présence en entrant gratuitement ne suffit plus, puisque tout le monde le fait. Elle acceptait déjà d’être utilisée comme appât pour les hommes en participant à ces soirées et en se disant qu’elle avait le choix de répondre ou non aux sollicitations des hommes qui seraient attirés dans le lieu. Admettons, mais ici les femmes ont encore ce choix de montrer leurs seins pour repartir avec un shooter gratuit ou de ne pas les montrer, ici encore même si elles montrent leurs seins cela ne les engagent en rien à devoir accepter ou pas des propositions de mâles qui sont là pour se rincer l’œil (et remplir le portefeuille du patron).

    Et pourtant il y a quelques temps, les associations féministes se sont émues (bon ok, un peu plus qu’émues) devant ce genre de choses. Ça a court régulièrement à Paris, je pense par exemple au Café Oz qui pratique ça. Certes on peut s’en émouvoir et ne pas trouver ça normal et sexiste, je pense clairement que ça l’est. Mais encore une fois comment condamner celui qui organise un « tits for shot », et ne pas condamner celui qui organise un « ladies night »?
    Les deux ont le même but : faire venir les filles pour attirer les hommes.
    Les deux partent du même constat : certaines filles seront intéressées par jouer le jeu et choisirons mon bar plutôt que celui de voisin.
    Les deux partent du principe que les hommes seront intéressés pour profiter de l’environnement.
    Dans les deux cas la femme est transformée en objet, certes consentant mais en objet.

    Alors oui il est plus facile de s’offusquer des « tits for shot » parce qu’encore une fois on transforme le corps de la femme en objet sexuel, on fait de ses tétons un objets de promotion, de vente. On différencie la poitrine des hommes exposables dans la rue à celle des femmes qui mêmes quand elles allaitent ont du mal à pouvoir montrer un bout de sein sans que certains soient choqués.

    Mais l’idée est la même que pour les ladies night. Sauf que finalement les majorités des femmes sera prête à passer pour un ladies night en mode « ouais, mais de toutes façons je serait allé dans un bar, alors autant aller dans celui qui est gratuit »… Oui, mais ça signifie qu’en tant que femme qui va dans ce genre de bar, plutôt que de condamner l’objetisation du corps de la femme, tu le valides implicitement. Plutôt que de condamner celui qui fait de toi un objet pour son propre profit, tu l’encourage pour ton profit à toi également.

    De même en acceptant ce genre de deal on dit : oui, la femme est prise pour un appât, c’est finalement une victime, ce qui est vrai. Mais on oublie aussi que l’homme, pris pour un porte-monnaie sur pattes, est également victime de ce fonctionnement. Tout comme la femme qui est victime et complice du fonctionnement de ce genre de soirée, l’homme est également complice et victime puisque d’un point de vue rentabilité, il est obligé de dépenser plus pour que le commerçant soit à l’équilibre.

    En acceptant ce genre de soirée et en y allant, en tant qu’individu on y trouve un intérêt, que ce soit les femmes qui y trouve un intérêt pécunier ou l’homme qui y trouve un intérêt environnementale. Mais encore une fois c’est l’égoïsme de chacun, au quotidien, cherchant son propre intérêt quitte à déborder un peu mais raisonnablement, qui fait que la société se forge avec cette image d’une différence entre homme et femme.

    Je ne condamne pas la femme qui va dans ce genre de soirée, tout comme je ne condamne pas la femme qui montre sa poitrine pour un shooter. Je ne condamne pas l’homme qui va dans ce genre de soirée ou l’homme qui va regarder les seins de la nana qui les montre pour un shooter, après tout il a payé pour ça, son shooter à lui est plus cher parce qu’il a le droit de regarder (pas de toucher, par de tripoter, etc). Je condamne surtout la société dans son ensemble qui autorise ce genre de chose et qui les faits rentrer dans les mœurs.

    PS : bon ok, c’était un gros commentaire… Pardon 😛

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