J’utilise souvent l’expression « c’est ok » dans la vie. C’est ok de faire ceci, c’est ok de se sentir comme ça, c’est ok de penser ça. Ça fait un petit moment que j’ai commencé à penser que c’était ok, un peu moins longtemps que j’ai commencé à le dire.

Il faut savoir que j’ai toujours été très dure avec moi même, du genre à me foutre une pression d’enfer toute seule, sans qu’on m’aide. Mes parents étaient exigeants avec moi mais juste ce qu’il faut je dirais, en tous cas je ne pense pas leur devoir cette tolérance zéro pour mes propres actes. J’ai commencé à me dire « c’est ok » comme un réflexe de survie je crois, comme pour éviter l’implosion qui menaçait après des années à m’auto flageller en permanence. J’ai eu un besoin vital de douceur, de bienveillance. J’adore ce mot, la bienveillance. Il me fait penser au sourire de ma grand-mère. Bienveillant. Quand j’y pense, et je suis assez troublée de m’en rendre compte en écrivant ces mots, j’ai commencé à être bienveillante avec moi-même quand j’ai perdu ma grand-mère, et donc sa bienveillance à elle. Ça coïncide parfaitement. Je crois que ce n’est pas anodin, les grands-parents sont souvent ces personnes qui nous « passent tout », qui nous aiment de la même manière, avec la même intensité, avec le même pétillement dans les yeux, quelle que soit la bêtise que l’on ait fait. Sans l’amour inconditionnel de ma grand-mère, j’ai eu besoin de recréer un espace en moi qui disait « c’est ok ».

Et depuis, ça va mieux. Beaucoup, beaucoup mieux. C’est devenu ok de pas avoir envie de sortir le samedi soir, ok d’avoir des formes généreuses, ok d’avoir peur de la drogue en général, ok de mettre des chaussettes à paillettes, ok d’appeler souvent ma maman, ok de pas revoir ce mec tinder qui me plaît pas tant que ça, ok de lancer un blog sur le féminisme. J’ai commencé à tout me passer, à être auto-laxiste, à me foutre la paix. Et à respirer.

Et puis, comme une suite logique, j’ai commencé à tenir ce discours à mes amis, à mes proches. A leur dire « mais oui bien sûr, c’est ok de penser ça », « c’est pas grave si tu fais pas ça », « mais on s’en fout que tu mettes ça », « oula oui, c’est ok de manger ça ».

Je pense pas que ce soit dangereux de penser comme ça, en tous cas pas pour quelqu’un comme moi qui a intégré assez de morale catho en grandissant pour qu’il en reste encore une bonne dose après avoir fait un grand ménage. Je pense que c’est libérateur. Je vois bien autour de moi, je suis loin d’être la seule à être dure avec moi-même. Et le message que j’essaie de porter n’est pas toujours accueilli facilement. Quand je dis « c’est ok », on me répond souvent « oui mais bon, quand même » + ce que la société attend.
Oui mais bon, ce serait quand même mieux que je perde 2/3 kilos. Ben…. non. En fait c’est ok de faire un 40 et pas un 36. C’est ok d’avoir des hanches. C’est ok d’avoir une forte poitrine.
Oui mais bon, je vais quand même pas mettre ces baskets là. Ben…. si. Si t’en as envie. On s’en fout qu’elles soient pas assorties. Si toi, ça te plait. Si toi, ça t’amuse. Si quand tu te regardes dans le miroir, tu souris. On s’en tape mais d’une force. (Je précise ici que j’ai étudié et bossé dans la mode et dans le luxe, ça décape.)

Tiens, restons dans la catégorie « apparence »,  ce sont sûrement les meilleurs exemples de tolérance zéro chez les femmes, et ensuite il est très facile d’appliquer le même raisonnement au reste de sa vie, ça vient tout seul.

Je me demande depuis quelques temps quelle est part de pression sociale dans le malaise qu’on peut éprouver vis à vis de notre corps. Plus j’y pense, plus mon opinion s’affirme, plus mes amies me contredisent et plus j’ai envie d’en parler: je suis persuadée que si on ne se sent pas bien dans son corps et dans ses fringues, c’est à cause de l’image que la société nous renvoit de nous-même, et non parce que ces kilos en trop/en moins/mal placés nous dérangent vraiment personnellement (toute considération médicale mise à part). Quand une amie me dit « je vais faire un peu attention à ma ligne » et que je proteste « bah enfin, t’en as pas besoin », la réponse classique est toujours « oui je sais, mais je me sens pas bien dans mes fringues, donc il faut que je fasse gaffe », sous-entendu: crois-bien que ça vient de moi et moi seule, personne m’a dit qu’il fallait que je le fasse, je ne suis pas victime de l’image de la femme idéale. Et ce discours là me gonfle. Il me gonfle parce que je l’ai trop tenu moi-même, et que j’ai enfin réussi à m’en défaire et j’aimerais faire passer le message inverse.

Voyez-vous, depuis qu’en me regardant dans le miroir je me parle différemment, mon rapport à mon corps a complètement changé. Depuis que je me dis « tiens, marrant cette marque de bronzage en forme d’éclair » au lieu de me dire « t’es blanche comme un cul franchement, c’est affreux » ou encore « pas mal ce maquillage aujourd’hui » au lieu de « comment veux-tu que je plaise à qui que ce soit avec ce bouton sur le nez, m’étonne pas que je sois célibataire », ou tout simplement « j’aime vraiment trop ce pull, il va super bien avec mes yeux », « elles sont jolies mes fesses en fait », « ça me va bien les tâches de rousseur sur les pommettes », « oh je suis pas si mal en maillot de bain » au lieu de toute cette méchanceté gratuite que je me balançais chaque matin, chaque soir. J’ai commencé à faire attention à toutes les phrases que je me disais à moi-même devant le miroir, à simplement les constater d’abord. J’aurais dû les noter, ça faisait peur. Ça faisait mal surtout. Ensuite, tout doucement, j’ai commencé à ajouter de l’humour dans ces rituels d’auto-évaluation. Puis petit à petit, de la flatterie de moi à moi. J’ai remarqué que je me sentais tout à coup beaucoup mieux dans mes fringues, sans avoir fait aucun régime. J’ai commencé à me sentir beaucoup moins coupable en mangeant une part de gâteau pour le goûter ou en reprenant une pinte en terrasse. Petit à petit, mon regard sur les femmes autour de moi dans la rue, dans le métro, a beaucoup changé. J’ai commencé à les trouver belles, au lieu de les juger, de les scanner, ou même de les critiquer comme je le faisais avec moi-même. J’ai commencé à être bienveillante, et ça m’a fait un bien fou.

Je suis aujourd’hui dans la même situation qu’il y a 2 ans. Célibataire avec sûrement, selon les magazines féminins, 3 ou 4 kilos à perdre, répartis entre le ventre, les fesses et les cuisses. Sauf qu’il y a 2 ans, en partant de ce constat, j’ai commencé un régime avec weight watchers. Une offre 20€ les 3 mois, impeccable pour perdre juste ce qu’il faut. A la fin, j’avais atteint le poids que je voulais, que je pensais idéal et je me sentais bien dans mes fringues. Aujourd’hui, je ne me sens pas boudinée dans mes vêtements. Déjà, parce que j’achète des vêtements à ma taille et aussi parce que je porte des vêtements plus amples qu’avant. J’ai remarqué que je me sentais mieux dans une chemise « d’homme » que dans un t-shirt moulant, c’est ce qui me plaît à moi et me permet de me sentir à l’aise, belle, désirable même. Je n’ai pas envie de perdre ces fameux kilos en trop. J’aime bien mon corps comme il est, imparfait.

On a besoin, entre femmes, entre amies, entre proches, de soi à soi, de bienveillance. On prononcera jamais trop de messages bienveillants, on entendra jamais trop de paroles bienveillantes.

Je répète donc, à qui veut bien l’entendre, que c’est ok d’être petite, grande, plate, dodue, d’avoir les cheveux raides, teints, naturels, frisés, mêlés, pas lavés. C’est ok de pas être une femme ambitieuse et carriériste, que c’est ok de pas avoir envie de se marier ou d’avoir des enfants, que tout l’inverse est ok, qu’on peut être la femme qu’on veut, affectueuse ou forte ou légère ou sombre ou pensive ou révoltée ou discrète ou grande gueule ou tout ça à la fois. On s’en contrefiche des conventions, des cadres, des prisons dans lesquelles on a trop voulu s’enfermer, nous enfermer. L’important c’est que ce soit ok pour soi, avant tout, d’être à l’aise, de faire tout ça TRANQUILLES et de se foutre la paix. De réussir à écouter ces paroles, à lire ces mots, sans lever les yeux au ciel, sans se dire que c’est vide de sens, que c’est utopique ou bobo. Est-ce qu’on peut s’autoriser à penser tout ça, à se dire tout ça les unes aux autres?

Je sais que mon discours n’est pas nouveau, que vous avez sûrement déjà entendu ça quelque part. En commençant par certaines pubs pour des marques telles que Dove ou des sites tels que Meetic. Eh bien TANT MIEUX. Tant mieux si vous avez déjà entendu dire ça, tant mieux si ça commence à faire son chemin dans votre esprit. Parce que ça fait beaucoup trop longtemps que le discours inverse est disséminé dans 99% des communications et des images qui nous sont données à voir et à entendre chaque jour. Et si on peut rabacher encore, beaucoup, souvent, qu’on est BEAUX tous autant qu’on est, pour qu’on soit BIENS tous autant qu’on est, et ben TANT MIEUX. Ce sera jamais « too much », et encore moins « too late ».

Et je veux sans aucun doute inscrire la lettre F dans cet esprit, dans cette mouvance là, celle de la bienveillance.

Si vous pensez pas que les femmes soient si dures envers elles-mêmes, je vous conseille cette vidéo réalisée pour Dove qui est plutôt bien faite. Bon, les femmes sont toutes canons dedans donc ça fonctionne pas trop mais le discours est pas mal. 

Et si vous avez envie de vous foutre la paix, je recommande ce bouquin génial et libérateur (dose prescrite : un chapitre au petit dej)

 

2 commentaires sur « La bienveillance »

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