Au programme de cet épisode de Sexisme ou Bien : les classiques de Disney.

Première impression: 
Je vous l’accorde, rien de bien méchant à première vue, pas de piège apparent, pas d’œufs sur lesquels tituber. Des Disney on en a tous regardé, re-regardé, on les connait bien. Mais voilà : il existe des centaines, peut-être des milliers d’articles sur le sujet : les dessins-animés Disney sont-ils sexistes? Disney et la théorie du genre, Disney et la construction de la féminité, l’égalité homme-femme dans Blanche Neige, Comment l’empire Disney fait-il face aux critiques sur le machisme de ses Princes?

Bref, je suis loin d’être la première à me pencher sur ce sujet.

Pourquoi écrire un énième article dans ce cas? J’ai beaucoup débattu avec moi-même pour finalement aboutir à cette conclusion : un blog qui questionne le féminisme se doit de traiter certains sujets « clés » et l’éducation des enfants en fait partie.  Les classiques Disney ont bercé mon enfance autant que celles de 99% de mes ami-e-s et une partie de qui nous sommes aujourd’hui est certainement due à ce qui nous a été donné à voir.

Certain-e-s d’entre nous sont conscient-e-s de ce qui va suivre, d’autres n’y ont jamais pensé. Pourtant les dessins animés Disney sont un bel exemple de ce qu’on appelle « le sexisme ordinaire ».

De quoi parle-t-on :
Des grands classiques Disney : Blanche Neige, La Belle Au Bois Dormant, Les Aristochats, Aladdin, Mulan, Pocahontas, Cendrillon…

J’ai choisi de me concentrer sur les classiques d’une époque et de mettre de côté les nouveaux Disney tout simplement parce que j’ai grandi dans les années 90 et je me sens donc davantage impactée par Pocahontas que par La Reine des Neiges.

Je pense qu’il est important de rappeler que la plupart des Disney sont tirés de contes, comme ceux des frères Grimm, et que nous nous concentrons ici sur le traitement qui en est fait par les studios Disney.

Je rappelle également que je ne suis absolument pas spécialiste du sujet, Manon et Romain, qui ont accepté de témoigner ne le sont pas non plus. Nous abordons donc ce sujet en tant que simple public Disney, et non en tant que sociologues/disneylogues, et ce dans le but d’éveiller certaines consciences sur quelques points clés.

1) La construction de la féminité et de la masculinité

Blanche Neige : elle est belle, douce, aimante, coquette, plutôt naïve et peureuse. C’est une bonne ménagère. La Belle Au Bois Dormant : idem, mais elle dort beaucoup donc on s’en rend pas bien compte. Duchesse et Marie, les deux personnages féminins dans les aristochats sont elles aussi délicates, élégantes et douces.
Bref, dans la plupart des films Disney, les héroïnes (nous reviendrons plus tard sur les « méchantes » Disney) sont de belles princesses qui correspondent en tout point aux normes.

Face à elle, de beaux princes forts et courageux (John Smith dans Pocahontas, le Prince dans la Belle au Bois Dormant et dans Blanche Neige… d’ailleurs qui se souvient de leurs noms? Ce sont seulement « les Princes »!)

« Même si les enfants côtoient au quotidien des femmes et des hommes « ordinaires » qui peuvent aller à l’encontre de ces stéréotypes, les personnages de fiction, se présentent comme des sortes d’ « idéaux », de fantasmes de ce que sont et devraient être les femmes et les hommes et peuvent donc servir de modèles pour ces enfants. Les enfants s’identifient à ces personnages, les petites filles estiment qu’être une femme c’est être belle, avec les cheveux longs, de belles robes, être douce, sage et réfléchie…. Et les petits garçons se rêvent en hommes virils et forts, beaux, musclés, courageux et drôles. Dès le plus jeune âge les enfants vont donc se construire en fonction de ces stéréotypes. » – Manon

Bon, on n’a pas parlé de Mulan et Pocahontas, nos héroïnes guerrières. Elles illustrent parfaitement le deuxième point d’attention de cet article.

2) Les relations femme-homme

Dans la plupart des Disney évoqués, la dynamique est à peu près celle-ci : l’héroïne est en détresse et elle attend sagement d’être sauvée par un héro beau et musclé. C’est le cas dans La Belle au Bois Dormant (où elle attend vraiment très longtemps), dans les Aristochats (O’Maley vient sauver Duchesse et les chatons) et dans Cendrillon. Blanche Neige est elle aussi sauvée par le baiser de son Prince qui l’emmène ensuite sur son beau cheval blanc… Je confesse que c’était ma scène préférée et que je pleurais à tous les coups.

Dans tous les cas, c’est l’union d’un homme et d’une femme qui fait le happy ending. « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est un conte de fée quoi.

Pour Romain, Mulan, Aladdin et Pocahontas rompent avec ce schéma.

« Pocahontas n’est pas une princesse en détresse, John Smith n’est pas un héros plein de confiance et de courage. Les deux ont leur moment d’héroïsme, où ils se sacrifient/mettent leurs vies en danger l’un pour l’autre. Pocahontas apprend des choses à John, lui ouvre les yeux sur la différence, sur son monde et la richesse de la rencontre.
Je vois également Jasmine dans Aladdin comme une héroïne fière et indépendante, qui fait tout pour refuser un mariage arrangé pour des raisons politiques.
Il y a aussi Mulan, qui se fait passer pour un homme pour sauver son père de la guerre et qui finit par être le meilleur soldat du film en sauvant l’empereur et Shang, le soldat qu’elle aime, de la mort… »

Manon n’a pas tout à fait la même vision de ces films:

« Quand j’ai regardé Mulan, Pocahontas et Aladdin récemment, ce qui m’a sauté aux yeux c’est surtout le rapport que les personnages féminins et leur famille entretenaient envers le couple et le mariage. Mulan est un déshonneur pour sa famille car ses parents n’arrivent pas à la marier, personne ne veut d’elle. Elle se sent honteuse de faire subir ça à sa famille. Jasmine refuse tous ses prétendants tout comme Pocahontas, ce qui exaspère leurs pères respectifs. Elles donnent l’impression de ne pas vouloir se marier car elles sont fortes et indépendantes et elles refusent de s’unir en étant forcées. Cependant, dès que « le prince » arrive, elles tombent directement sous le charme et acceptent de se marier instantanément et on nous présente cela comme le happy ending de l’histoire. Les familles sont contentes, les princesses sont contentes et les princes sont contents. Ces films m’ont alors donné le sentiment que la seule façon d’être accomplie et heureuse était de trouver un mari et que c’était en réalité la seule finalité pour avoir une vie épanouie. Je trouve que ces morales sont très réductrices sur les aspirations des jeunes enfants et n’engagent pas à s’épanouir autrement que par l’amour et le couple, qui plus est, hétérosexuel et hétéronormé ».

Je crois pour ma part que la position qu’occupent les personnages qui vont à l’encontre des normes est frappante. Le message semble clair : si tu ne te conformes pas aux stéréotypes que nous te proposons, tu vivras très malheureux.

Romain nous confiait que La Belle au Bois Dormant était un de ses Disneys préférés : « Pas pour l’histoire d’amour niaiseuse et le sauvetage héroïque final… J’aimais ce Disney pour sa méchante, maléfique, sans doute la plus classe de tous les méchants ! Elle n’est pas « hystérique » et « hideuse » mais fascinante, forte et belle. »

Certes, on peut être forte et maléfique, c’est un autre rôle que nous propose ce conte en alternative à la bonne ménagère charmante. Donc en résumé: soit je file le parfait amour avec le prince et je m’occupe gentiment de mon chez moi, soit je suis un personnage puissant mais dans ce cas je suis detestée de tous. Hm, je ne sais vraiment pas lequel choisir!

Conclusion
Bien sûr, ce n’est pas anodin qu’il y ait moins à dire sur le sexisme des Disney plus récents. Nous vivons dans une époque où les femmes occupent des rôles très différents dans la société et ça se ressent dans les dessins animés.  Blanche Neige, Cendrillon et la Belle au Bois Dormant sont des contes qui reflètent avant-tout l’époque à laquelle ils ont été diffusés.

Je n’ai pas l’impression qu’on s’éloigne beaucoup des stéréotypes de genre (fille belle et fragile, garçon fort et courageux) dans les dessins animés qui sortent aujourd’hui à l’écran mais encore une fois, je ne suis pas spécialiste.

Je crois que le plus important c’est de garder un certain recul face à tout ce qu’on nous donne à voir: dessins-animés, publicités, films, séries… N’arrêtons surtout pas d’apprécier ou de regarder telle ou telle oeuvre sous prétexte qu’elle véhicule certains clichés mais prenons-en connaissance. J’adore tel film mais j’ai bien vu que tous les héros sont des mecs viriles, qu’on ridiculise un peu ce second-rôle maigrichon et je contaste que je ne me souviens plus du prénom du rôle féminin.

Je regardais pour la première fois hier (bouuuuh) « Star Wars, le retour du Jedi » (j’ai adoré, je suis toute excusée) et en contemplant la belle Leïa en bikini je me suis dit que c’était méga rabaissant pour le seul rôle féminin de ce film de se retrouver à faire la potiche qui brille. Mais ça ne m’a absolument pas empêchée d’apprécier le film. Simplement je ne gobe pas tout ce qu’on me présente et je le remets constamment en question.

Allez, une bonne résolution pour 2018 : s’interroger davantage sur les images qu’on reçoit au quotidien et leur caractère réducteur, stéréotypant, clivant. Et regarder davantage d’œuvres où les femmes occupent un rôle important et intelligent ou bien qui questionnent le statu quo. Je pense par exemple à The Handmaid’s Tale pour n’en choisir qu’une. Vous pouvez aussi faire comme moi et forcer le petit garçon que vous gardez, j’ai nommé le célèbre Paul, à regarder les Totally Spies. C’est culte non?

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