Pourquoi cette nouvelle rubrique ?
Je ressens l’envie, depuis quelques temps, de donner à lire des points de vue peu communs sur des sujets sociétaux très communs. De proposer, autour d’un sujet, une sorte de recueil de regards.
Nous évoluons dans une société qui, à travers son imagerie et ses récits, nous donne à voir de nombreux modèles. Malheureusement ces modèles ne s’éloignent que très rarement d’un seul et même schéma qu’on qualifie de « normal ». Si des modèles « divergents » sont évoqués, ils sont trop souvent présentés par opposition à la norme, épinglés comme différents.
Je vous propose dans cette rubrique de questionner la norme en mettant en lumière des récits, des écrits, des images et des sons qui proposent un autre regard sur le monde, et ce à travers des cycles en trois temps.


1 sujet, 3 regards.

Pour ce premier cycle de Regards, nous abordons le thème de la maternité à travers un texte en prose, un témoignage authentique et quelques lignes de théâtre.

Regards

Place au premier regard.
Je suis chanceuse car c’est une femme pour qui j’ai beaucoup d’admiration qui inaugure cette nouvelle rubrique. Julie Bayard, talentueuse comédienne, auteure de la série de vidéos et du spectacle éponyme, J’ai une amie qui, a accepté de poser les mots qui introduiront ce premier cycle. Voici son texte.

 

« J’ai passé un moment avec une petite fille de 7 ans, à l’arrière d’une voiture.
On a parlé, joué et ri, beaucoup, le trajet à parcourir était long, mais il passait très vite, tant nous discutions.
Quand tout à coup, surgissant comme un éclair au fond du ciel, une question est sortie de sa bouche : « pourquoi tu n’as pas d’enfant ? ».
Surprise, je me suis figée comme une biche prise dans les feux d’une voiture en pleine nuit sur une petite route de campagne.
Il fallait que je trouve la bonne réponse.
De cette réplique allait dépendre une partie de la construction mentale de cette petite fille. Elle commençait certainement à se projeter dans une vie d’adulte en calquant les schémas connus sur ses plans.
S’imaginait dans sa cuisine avec ses enfants et son mari à table. Avec une machine à lancer et la liste des courses en préparation.

Je représentais une vision très étrange des possibles.
40 ans, pas conne pas moche, pas chiante, célibataire sans enfant.

Une pression gigantesque et grandissante s’installait.
Je restais muette.
Quelle est la réponse à donner.
Quelle est la vérité, s’il y en a une ?
Sans développement, une réponse claire et simple…
Impossible de mentir, impossible de ne pas savoir, en bref impossible de se débiner.

Je coulais lentement dans un silence profond,
et de la même manière que l’éclair,
le tonnerre avec quelques minutes de retard gronda, la petite fille dit :
« Moi je sais ! tes enfants c’est ceux des autres ».

Bien plus rapide et souple d’esprit que moi.
Elle venait de donner la réponse. Elle avait l’air contente d’énoncer à voix haute cette possibilité : « Mère de substitution ».  Ça ne lui posait aucun problème.

Ce rôle aux petits oignons, pas engageant, léger, et réjouissant me donnait de l’élan pour lui répondre.

« Je ne suis pas vraiment maman, je me suis arrêtée avant, pour apprécier la vue, pour prendre mon temps, je suis un peu lente. J’ai des idées plein la tête, et la tête dans le vent. J’invente c’est merveilleux. »

La petite fille a souri. »

 ——

 Je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour la deuxième partie du cycle, avec un témoignage.

 

 

 

 

2 commentaires sur « Regards : (Être ou) ne pas être mère (1/3) »

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