Pour ce deuxième regard, j’ai choisi de partager avec vous un témoignage comme on en lit trop peu.
L’opinion publique s’intéresse peu à ces femmes qui choisissent de ne pas être mère, qui se réalisent pleinement et ce sans passer par la case maternité et ces destins font figure de modèles « à part », presque teintés de provocation. Dans cette configuration, les jeunes femmes qui commencent à se poser des questions sur une maternité plus ou moins proche ont-elles plusieurs modèles à suivre? Ou peuvent-elles simplement faire le choix entre se conformer ou dévier?

Le texte qui suit s’inscrit dans ce questionnement. Je remercie très chaleureusement mon amie Manon d’avoir accepté de répondre à mes questions indiscrètes.

Place au regard de Manon.
« J’ai souvent dit à mes ami.e.s, depuis l’adolescence, que je ne voulais pas d’enfant. En général ça les faisait rire ou ça les étonnait. J’étais rarement prise au sérieux par mes ami.e.s qui pensaient que je disais ça soit pour provoquer, sans le penser sérieusement, soit pour rire, comme si je me créais un personnage un peu ronchon.

Je ne suis pas aussi radicale aujourd’hui mais pour moi avoir des enfants ou non reste une vrai question, que je me pose régulièrement. Ca m’étonne toujours de voir à quel point je rencontre peu de filles pour qui c’est également une question. Elles en veulent, c’est certain, leur question c’est plutôt « quand et avec qui ? ». J’ai mis un peu de temps à comprendre ce qui nous différenciait, et j’ai fini par trouver : très peu de filles que je connais doutent du fait qu’elles soient capables d’aimer leurs futurs enfants, et que leurs enfants leur procureront de la joie. J’ai l’impression qu’elles sont nées avec une capacité à être maternelle et avec un désir d’enfant. Ce qui semble évident pour toutes et tous, voire universel, ne l’est pas pour moi.

J’apprécie passer du temps avec des enfants, (j’ai d’ailleurs un intense passé de mono de colonie de vacances) mais je ne me suis jamais sentie très maternelle. Ma hantise c’est d’être une mère froide, indifférente et de ne pas réussir à les aimer. C’est un sentiment que personne ne m’a encore dit partager. On m’a souvent dit « ça viendra avec l’âge, quand tu seras prête », au lieu de discuter sérieusement du sujet. J’imagine qu’il y a un tabou sociétal autour de ce sujet qui fait que peu de personnes en parlent, comme si ça faisait peur d’imaginer que des femmes puissent ne pas avoir cet instinct maternel inné.

Je pense aussi qu’on traverse toute notre vie avec cette idée qu’avoir des enfants est un aboutissement, un passage indispensable pour « avoir une belle vie » (surtout en temps que femme), qui laisse peu de place à d’autres manières de penser.

En fait pour être tout à fait honnête, j’ai peur de me « forcer » à faire des enfants parce que c’est la tendance naturelle vers laquelle la société nous pousse alors que je n’ai peut être pas cette fibre maternelle, et donc de me retrouver à élever des enfants que j’aurais fait plus pour correspondre à un schéma de vie classique (travail, maison, enfant, labrador) que par ce que j’en ai sincèrement envie.

J’ai passé pas mal de temps à lire des livres sur des femmes qui se questionnaient également sur cette fausse évidence du sentiment maternel. Je pense notamment à  La Virevolte (de Nancy Huston) dans lequel l’héroïne abandonne ses enfants pour vivre plus libre, car elle se sent emprisonnée par sa maternité, et au film/livre « We need to talk about Kevin » où une mère, froide et incapable d’aimer son fils, en fait un monstre. Ça me rassure de voir que d’autres personnes se posent ces questions, que le sentiment maternel n’est pas une évidence pour tout le monde ni pour toutes les femmes. »

La Virevolte de Nancy Huston, aux éditions Actes Sud, 1996
Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver, aux éditions Belfond, 2006
We need to talk about Kevin réalisé par Lynne Ramsay, 2011

J’ajoute aussi La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Récit biographique bouleversant où l’auteure retrace la vie de sa grand-mère maternelle et tente de comprendre ce qui l’a poussée à abandonner ses enfants.

Rendez-vous dans quelques jours pour le troisième et dernier regard de ce cycle.

2 commentaires sur « Regards : (Être ou) ne pas être mère (2/3) »

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