J’ai envie de parler virilité avec vous.

Quand j’étais petite mon père m’emmenait toujours voir les danseurs de Tango le dimanche soir. Je crois qu’une asso se chargeait de la musique et tous ceux et toutes celles qui avaient envie de danser pouvaient se joindre à eux, sur la piste peu réglementaire qu’était la cour de la Vieille Bourse à Lille.

C’était le début du Printemps, on s’asseyait par terre, autour, et on regardait. Je me souviens de la sensation d’être hypnotisée par ce défilé de jambes, de caresses, de peaux et de tissus. C’était une des premières illustrations qui m’était donnée du mot « sensuel ». Les corps à corps en mouvement, les visages concentrés et expressifs, les courbes, les frottements. C’était un spectacle intime dont je percevais timidement le caractère charnel. 

Mon père adorait danser. Je crois qu’il adore toujours danser d’ailleurs. Un jour il m’a confié qu’il voulait faire de la danse classique quand il était petit mais ses parents n’ont pas voulu. Ce n’était pas pour les garçons. Il m’en a parlé avec tant de regret, tant d’amertume, que ça a marqué la petite fille admirative que j’étais alors. 

Il me disait « celle-là, là-bas, tu l’as vue? son pas est très délicat, elle suit son partenaire à merveille ». Fascinée, je suivais son regard et admirais à mon tour les gestes d’une belle femme brune. « Et le vieux-monsieur là bas! C’est incroyable quand il danse! Tu vois comme il met sa main dans le dos de sa partenaire? ». 

Ainsi je découvrais que le déhanché d’un danseur peut être d’une virilité puissante, troublante, enivrante. Et j’intégrais, observant mon père et inconsciente alors de tout ce que ça représentait, qu’un homme éprouve et ressent, qu’il est réceptif aux émotions, ému par la beauté d’un spectacle. Mon père m’a montré, à plusieurs reprises au cours de mon enfance, qu’il était touché, troublé, ému par des situations. Il a pleuré devant moi. Il a parfois rejeté mes larmes et m’a appris, au contraire et paradoxalement, à ne pas m’apitoyer sur mon sort, à rester forte, à prendre sur moi. 

Je me demande comment on devient homme, quelles sont les multiples facettes de la masculinité, comment on apprend à être viril, comment on désapprend la virilité.

Avec cette rubrique j’ai à cœur de proposer des regards peu communs sur des sujets communs du quotidien. Ce nouveau cycle aborde la construction de la masculinité, et plus précisément, la virilité. 

J’ai choisi, pour le premier regard de cette série, de partager avec vous les paroles du titre Kid d’Eddy de Pretto. 

Tu seras viril mon kid
Je ne veux voir aucune larme glisser sur cette gueule héroïque
Et ce corps tout sculpté pour atteindre des sommets fantastiques
Que seul une rêverie pourrait surpasser

Tu seras viril mon kid
Je ne veux voir aucune once féminine
Ni des airs, ni des gestes qui veulent dire
Et dieu sait, si ce sont tout de même les pires à venir
Te castrer pour quelques vocalises

Tu seras viril mon kid
Loin de toi ces finesses tactiques
Toutes ces femmes origines qui féminisent vos guises
Sous prétexte d’être le messie fidèle de ce cher modèle archaïque

Tu seras viril mon kid
Tu tiendras, dans tes mains, l’héritage iconique d’Apollon
Et comme tous les garçons, tu courras de ballons en champion
Et deviendras mon petit héro historique

Virilité abusive
Virilité abusive

Tu seras viril mon kid
Je veux voir ton teint pâle se noircir de bagarres et forger ton mental
Pour qu’aucune de ces dames te dirige vers de contrées roses
L’efface, pour de glorieux gaillards

Tu seras viril mon kid
Tu hisseras ta puissance masculine
Pour gonfler cette essence sensible que ta mère
Nous balance en famille, elle fatigue ton invulnérable Achille

Tu seras viril mon kid
Tu compteras tes billets d’abondance
Qui fleurissent sous tes pieds que tu ne croiseras jamais
Tu cracheras sans manière dans tous sens
Des pieds à la terre et dopé de chairs et de nerfs protéinés

Tu seras viril mon kid
Tu brilleras par ta force physique, ton allure dominante, ta posture de caïd
Et ton sexe triomphant pour mépriser les faibles
Tu jouiras de ta vue d’étincelles

Virilité abusive
Virilité abusive
Virilité abusive
Virilité abusive

Mais moi, mais moi, je joue avec les filles
Mais moi, mais moi, je ne prône pas mon chibre
Mais moi, mais moi, j’accélérerai tes rides

Pour que tes propos cessent et disparaissent

Mais moi, mais moi, je joue avec les filles
Mais moi, mais moi, je ne prône pas mon chibre
Mais moi, mais moi, j’accélérerai tes rides

Pour que tes propos cessent et disparaissent

 

2 commentaires sur « Regards : Être ou ne pas être viril (1/3) »

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