Il me semble que depuis quelques temps les choses bougent au sujet de la virilité et que différents modèles de masculinité émergent enfin et bousculent la vision binaire traditionnelle. En écoutant des podcasts, en lisant des articles, je me suis demandé comment les hommes de mon entourage envisageaient leur masculinité, est-ce qu’ils l’envisageaient déjà, car ce n’est pas nécessairement le cas.
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Je me suis demandé s’ils se posaient parfois des questions, s’ils étaient gênés par le règne de la virilité ou même s’ils considéraient ça comme un obstacle.Bref, je me suis demandé ce que c’est qu’être un homme.
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Ce témoignage a été longuement discuté, préparé, étoffé. Il semble que parler de ça ne va pas de soi, il semble que ça pose des questions qui dépassent le sujet. Il semble qu’il soit urgent de faire de la place aux masculinités.
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« C’est quoi être viril ? À vrai dire je ne sais pas très bien si j’ai la réponse à cette question. En observant autour de moi, je me suis aperçu que ce sujet était rarement abordé. On ne se pose pas la question. Un homme c’est viril. C’est pour ça que j’ai tout de suite été intrigué par la perspective d’écrire sur ce sujet qui me travaille depuis quelques temps déjà.
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En tant qu’homme, je me questionne sur la place que peut avoir la virilité aujourd’hui.  La question centrale que pose le féminisme, avant même le discours sur la domination, est : dans quelle mesure sommes-nous contraints par les conventions sociales du fait de notre sexe ?L’idée de virilité est en elle-même porteuse d’une contrainte pour les hommes.
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D’ailleurs je n’ai jamais aimé ce mot « viril ». Je trouve qu’il représente une sorte de brutalité et de violence primitive à l’inverse du féminin, qui est lui perçu comme doux et sensible.
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Jusqu’à récemment je me sentais en décalage par rapport à cette identité que l’on voulait me coller à la peau,  cela me dérangeait, il y avait une espèce de confusion en moi qui grandissait, d’autant que mon entourage est majoritairement féminin. J’avais l’impression d’être considéré comme une sorte de curiosité par les hommes de mon entourage. C’est intriguant non, d’être si proche des femmes ?  Ce regard des autres a longtemps été un sujet d’insécurité pour moi. J’avais l’impression qu’ils défiaient ma capacité à être pleinement un homme. C’en sont logiquement suivies des remarques sur ma sexualité, car qu’on se le dise dans l’imaginaire collectif l’homme viril cherche à tout prix à draguer les femmes qui l’entourent. Tout cela a fini par interroger l’homme hétérosexuel que je suis et même par moments à me faire douter de ma sexualité.
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Au-delà de ce rapport aux femmes, d’autres éléments ont contribué à fragiliser ma représentation de ma masculinité, par exemple mon manque d’esprit de compétition, mon désintérêt pour les démonstrations de force, mon goût pour la littérature, bref ma sensibilité en général. Cette confrontation entre ma personnalité et l’attendu social a longtemps été un problème pour moi parce que j’ai voulu moi aussi croire qu’il n’y avait qu’une seule manière d’être un homme. Ce n’est que tout récemment que j’ai finalement posé le problème autrement : n’est-ce pas la représentation que l’on se fait de la virilité qui est biaisée ?
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En réalité, le problème qui se pose sur la place des femmes dans la société ne vient pas seulement des stéréotypes que nous avons sur le féminin mais aussi des stéréotypes que nous attribuons au masculin. Ils enferment chacun dans un rôle asservissant et je pense qu’il est devenu nécessaire de les déconstruire.
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 « Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité ».
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J’ai pensé à cette phrase de Bourdieu parce qu’elle fait écho à toutes les interrogations qui ont guidées une partie de mon adolescence et de ma vie de jeune adulte.
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La question « C’est quoi être un homme » me semble d’autant plus importante lorsque je me dis que je serais peut être amené à être père d’un garçon un jour et qu’il faudra que j’apprenne à quelqu’un à devenir un homme.  J’ai l’impression qu’on se pose souvent la question de l’éducation des filles mais rarement de celle des garçons alors qu’elle véhicule encore beaucoup de stéréotypes inégalitaires.
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J’espère que j’arriverai à transmettre à mon fils la force d’assumer ses émotions, de pleurer s’il en a besoin, de partager ses moments de faiblesse. »
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Pour lire la suite de cette série c’est ici
Pour lire le regard précédent c’est par là
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Si vous avez envie d’aller plus loin :
Une vidéo inspirante (comme les Ted talks le sont souvent)
Un épisode du génial podcast « Les couilles sur la table », « Educations viriles »
Un épisode dédié à la virilité de l’émission « Grand bien vous fasse »

Un commentaire sur « Regards : Être ou ne pas être viril (2/3) »

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