Dans cette rubrique, j’essaie de proposer des regards différents, des regards divergents. Si l’exercice a été relativement aisé avec le sujet précédent, il s’est révélé beaucoup plus complexe pour la virilité. J’ai connu un échec cuisant que je me dois de partager avec vous. Je voulais vous proposer un extrait littéraire. Celui d’un personnage de fiction, un héro, un protagoniste, qui s’interrogeait sur sa masculinité. Il se serait posé des questions sur le fait d’être un homme, il aurait remis en question le modèle de la virilité. Il aurait verbalisé tout ça dans une tirade sincère et frappante.

J’ai fait chou blanc. Pourtant, on ne peut pas dire que je me sois vite découragée. J’ai interrogé tout mon entourage – en tous cas celles et ceux qui ont des bibliothèques bien remplies. Ils ont fait chou blanc. J’ai sondé l’internet – zéro. J’ai ratissé large, mes amis ont sondé leurs amis. Nada. Alors existe-t-il ce personnage dont je rêvais ? Sûrement, je n’ai pas perdu espoir. Mais le simple fait d’être incapable de citer spontanément, et même après un certain temps de réflexion, un tel exemple de littérature, cela-même doit nous alerter. Quels sont les modèles dont disposent les hommes pour se construire ?

J’ai relu L’attrape-coeurs de Salinger avec beaucoup de plaisir, c’est un de mes romans préférés. Et j’ai été surprise d’y trouver autant d’allusions à la virilité. Holden Caulfield, le personnage principal, y parle de manière très récurrente de « gros dur » et de ce qu’il entend par là. Je n’ai pas trouvé la tirade que je cherchais, je n’ai pas eu ma dose de « remise en question », mais je vous conseille cette lecture, qui m’a d’ailleurs permis de trouver un extrait pour le prochain cycle de regards mais…. suspens !

J’ai donc choisi de vous livrer un second témoignage. Celui de Sylvain. Il a joué le jeu. Il s’est livré avec honnêteté. Mais je note, avec mon regard extérieur, mon regard qui titille les frontières entre les genres et bouscule les normes établies, qu’aucun des deux, ni Jérôme, ni Sylvain, ne s’est totalement départi de son uniforme d’homme pour répondre à mes questions. J’ai la très nette sensation de n’avoir réussi à peler que la première couche de l’oignon. Je ne sais pas s’ils en sont conscients. Je ne sais pas si mes propres attentes étaient celles d’une femme qui n’a pas peur de questionner ses émotions et qu’elles ne pouvaient donc pas coller avec les réponses d’un homme peu habitué à livrer les siennes.

Je mets mon costume de féministe pour dire que cet exercice ne fait que confirmer mon impression que les hommes sont victimes de ce modèle qu’on leur impose. Et qu’ils n’en ont même pas conscience. Je mets mon costume de femme pour dire que je me sens impuissante devant une si grande armure, devant un si gros bouclier, que personne n’a l’air d’avoir envie d’abaisser.

Place au troisième Regard.

Qu’est ce que ça veut dire qu’être un homme pour la société ? Qu’est ce que ça veut dire pour toi ?

Je crois que pour la société un homme se résume encore à quelqu’un de viril, ce qui se traduit par un attrait naturel pour les sports en général et le besoin, tout aussi naturel, de déterminer qui est le plus fort. Ou encore comme quelqu’un qui n’a que peu le droit d’être vulnérable car cela est réservé aux autres pour ne pas dire aux femmes…

Pour moi, être un homme c’est tout simplement être UN genre d’être humain. Qui a des attributs physiques différents des femmes, une pilosité plus importante, une mentalité particulière entre autres… Et qui peut se retrouver en danger s’il est seul, mais qui peut réaliser beaucoup plus de choses avec son complément qu’est la femme (et inversement).

Est-ce que tu as parfois été en décalage avec ce que la société attendait de toi ?

Oui et pas qu’une fois. D’abord, sur le plan physique. Quand j’étais plus jeune je suis passé par une phase de surpoids qui a indirectement induit un certain manque de confiance en moi.
Puis tout s’est arrangé en grandissant, et j’ai appris à me réapproprier mon corps, à aimer ce qu’il dégageait. J’ai pris conscience que la situation allait devenir irréversible et qu’il fallait soit agir, soit se laisser porter.

J’ai développé un côté coquet et un certain attrait pour les vêtements… et tout ça reste encore associé aux hommes homosexuels. Cette question m’a d’ailleurs été posée, et même si c’était sur le ton de l’humour ça m’étonnait car la question ne se posait pas pour moi !

Et psychologiquement sur un second plan, j’ai toujours été de nature sensible et ce n’était pas forcément en accord avec l’éducation de mon père. Si j’avais le malheur de pleurer devant lui, je pouvais être sûr de me prendre une réflexion comme quoi un homme ne DOIT PAS pleurer. Ce décalage n’a jamais facilité nos relations mais m’a permis de me forger un certain caractère, et une certaine maturité. (spoiler : ça va très bien entre nous maintenant).

Comment se construit la masculinité quand on grandit en tant qu’homme ?

Je crois que tout débute par l’admiration d’un modèle que l’on observe étant jeune, cela peut être une personne de son entourage comme un père ou un grand-frère, qui, par ses actions, comportements, caractères parvient à inculquer une certaine éducation que ce soit voulu ou non.

Etant donnée ma relation avec mon père, j’ai plutôt admiré mon grand frère étant jeune. Il représentait la figure de l’aîné, de l’indépendance. Il a toujours eu une réputation de beau garçon, bourreau des cœurs. Je me disais qu’un garçon de son âge, ça se comportait comme ça. Mais j’ai aussi été encadré par des figures féminines, j’ai également deux sœurs dont je suis le cadet. Je n’ai qu’un an de différence avec l’une de mes sœurs, autant dire qu’on a vraiment grandi ensemble.

Ajoutons à cela que comme beaucoup de garçons, j’ai toujours été plus proche de ma mère, ce qui a amené une certaine « douceur » dans ma personnalité. C’est grâce à elle que j’avais le droit de pleurer, ou de manquer de courage parfois quand j’étais confronté à des problèmes d’enfants.

D’ailleurs je dois dire que les femmes avec qui je sors me disent souvent que « je ne suis pas normal » car un mec « normal » ça n’éprouve pas d’empathie, ça ne cherche pas à savoir comment s’est passé ta journée, qu’est-ce qui te tracasse…

Aujourd’hui je me comporte de manière libre et je ne m’arrête pas aux préjugés inutiles et archaïques. Quand j’y pense, ces sujets ne sont pas du tout ceux qu’on aborde avec ses potes mecs au cours d’une soirée. Je ne vois même pas comment le sujet pourrait être amorcé en pleine discussion, comme ça. Et je pense que ce serait vu comme un manque de virilité de parler de sentiments et de comment on se sent, tout simplement.

Retrouvez ici les autres regards de cette série :
Regards : Être ou ne pas être viril (1/3)
Regards : Être ou ne pas être viril (2/3)

Et le précédent cycle de Regards :
Regards : (Être ou) ne pas être mère (1/3)
Regards : (Être ou) ne pas être mère (2/3)
Regards : (Être ou) ne pas être mère (3/3)

Un commentaire sur « Regards : Être ou ne pas être viril (3/3) »

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